Les Rencontres Vidéoludiques de Mo5, seconde édition

11. juin 2010 Catégorie Jeu-Re-Cherche

A l’invitation de Philippe Dubois de l’association de préservation du patrimoine informatique et vidéoludique Mo5, j’interviendrais avec Rafik Djoumi (critique de cinéma et journaliste spécialisé jeux vidéo) à la deuxième édition des Rencontres Vidéoludiques le mardi 15 juin 2010 à 20H00 au Café Marguerite, 3, rue Rougemont à Paris (9e arr.).

La thématique de la rencontre est « Cinéma et jeu vidéo : les liaisons dangereuses ». La participation à cette soirée, qui comprend un buffet froid « à volonté », est de 15 Euros. Pix’n Love a prévu une vente d’ouvrages à l’issue de la rencontre.

Informations : http://mag.mo5.com/a-la-une/3411/les-rencontres-videludiques-seconde-edition/
Inscription : http://mo5.com/rencontres/index2.php

Compléments d’information

A la suite de la deuxième édition des Rencontres vidéoludiques, je souhaiterais remercier MO5, Loisirs numériques et la belle quarantaine de participants pour leur accueil chaleureux et cet excellent moment passé à évoquer les relations entre cinéma et jeu vidéo à travers le cas du James Bond vidéoludique. Un clip vidéo de l’événement a été mis en ligne sur le lien suivant. Je vous copie ci-après la référence bibliographique communiquée en fin de présentation.

James Bond (2)007 - Belin Quelques références bibliographiques…
Françoise Hache-Bissette, Fabien Boully, Vincent Chenille (dir.), James Bond (2)007. Anatomie d’un mythe populaire, éditions Belin, coll. Histoire & Société, Paris, 2007.

Vous y retrouverez mon article (« My name is Bond, Games Bond ») qui a inspiré la présentation de ce mardi, mais également différentes contributions qui tentent de cerner cette figure majeure de la culture populaire contemporaine. Pour ceux qui lisent l’anglais, je vous conseille également la lecture d’un article de  Derek A. Burrill intitulé « ‘Oh, Grow up OO7′, The Performance of Bond and Boyhood in Film and Videogames » publié par Geoff King et Tanya Krzywinska (dir.), dans ScreenPlay: Cinema/Videogames/Interfaces (Wallflower, 2002).

Enfin, n’hésitez pas à venir poursuivre le débat dans les commentaires de cette page.

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Red Dead Redemption et le genre western : le bonus « 20 minutes »

5. juin 2010 Catégorie Jeu-Re-Cherche

Sollicité par Joël Métreau, journaliste au quotidien 20 minutes (et chroniqueur occasionnel de « Silence, on joue ! »), j’ai répondu la semaine dernière à quelques questions sur le jeu vidéo et ses relations au genre western. L’espace consacré au jeu vidéo dans les colonnes du journal étant plutôt réduit, Joël n’a pu utiliser qu’une petite partie de mes propos dans sa chronique sur Red Dead Redemption. Je vous recopie ci-après mes réponses développées à ses questions.

Pourquoi le jeu vidéo est-il séduit par le genre cinématographique du western, comme Rockstar avec Red Dead Redemption ?

Les genres cinématographiques hollywoodiens ont une puissance d’évocation considérable. En dominant le cinéma mondial depuis l’après-guerre, le cinéma américain a su imposer, avec ses genres, des codes, des conventions, des récits, des archétypes de personnages ou de situations reconnus et appréciés par un grand nombre de spectateurs. Pour constater cette vivacité du genre, il suffit de voir que le western reste aujourd’hui encore la matrice d’activités ludiques de nombreux petits garçons qui aiment jouer « aux cowboys et aux Indiens ». Lorsque des développeurs, comme le Japonais Taito en 1975 avec Gun Fight, s’inspirent du genre western, ils y cherchent d’abord des situations intéressantes d’un point de vue ludique – le duel est ainsi pour Gun Fight une manière de renouveler le système ludique inventé par Pong ! – et s’assurent également d’être compris par une audience internationale. Avec Red Dead Redemption, Rockstar convoque donc un imaginaire encore très vivace dans l’esprit de ses joueurs bien que la production de films de cinéma appartenant au genre ait drastiquement diminuée depuis la fin des années 1960.

Comment le jeu vidéo est-il capable de remettre des genres « désuets » au goût du jour ?

Les genres qui paraissent désuets dans un média, peuvent être particulièrement vivaces dans un autre. Alors que le western quitte progressivement les grands écrans américains au cours des années 1960, il envahit le petit écran avec des séries redynamisant le genre comme Bonanza, Rawhide, Les mystères de l’Ouest voire La petite maison dans la prairie qui hybridait le genre avec le mélodrame. Plus récemment, la mini-série Deadwood a également innover dans le traitement du genre western en choisissant la voie du réalisme cru. Le jeu vidéo, parce qu’il est un média différent des autres, invite le joueur à expérimenter de manière inédite un univers fictionnel très stéréotypé : le plaisir du joueur est à la fois de retrouver les codes attendus du western, mais également de renouveler sa perspective sur le genre en investissant des enjeux ludiques dans le rapport à la fiction.

Comment expliquez-vous le succès de Red Dead Redemption, classé en tête des ventes dans le monde ?

Sous la houlette de Dan Houser, Rockstar a su explorer une formule ludique, le free roaming et les espaces de jeu très ouverts, qui offre un sentiment de liberté très apprécié par les joueurs occidentaux. L’appel à la thématique western permet d’enrichir et d’exotiser quelque peu cette forme ludique que le studio a exploité avec succès dans l’univers urbain et mafieux des Grand Theft Auto ou la thématique scolaire du jeu Bully. Les chevauchées, le plaisir de la contemplation, le rapport à une nature sauvage, le duel et les fusillades sont autant d’ingrédients qui viennent enrichir l’expérience ludique. Malgré des titres dont certains joueurs se souviennent bien comme Mad Dog McCree, Outlaws ou Desperados, il est fort possible qu’il manquait encore dans le paysage vidéoludique un grand jeu de western fédérateur, un trou éditorial que Red Dead Redemption vient aujourd’hui combler…

Crédit photo : Mad Dog McCree (1990), Gun Fight (1975), image du générique couleur de Wild Wild West (1965-69), Outlaws (1997)
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« Des pixels à Hollywood » à la librairie Palimpseste (Paris, Ve arr.), le mercredi 9 juin à partir de 19h

25. mai 2010 Catégorie Non classé

A l’invitation de Thierry Saillot, je serai le mercredi 9 juin à partir de 19h à la librairie Palimpseste (Paris, Ve arr. face à l’université Paris III Sorbonne Nouvelle) pour une signature-rencontre-discussion informelle autour de mon livre « Des pixels à Hollywood ».

Si vous n’avez pas encore votre exemplaire du livre, que vous souhaitez votre dédicace personnalisée (et son lapin fétiche !) ou si vous voulez me dire ce que vous en avez pensé après l’avoir lu, cette soirée sera l’occasion de se rencontrer, de parler de cinéma et de jeux vidéo et de partager un verre ensemble.

Des rafraîchissements sont prévus. La soirée prendra fin quand les derniers partiront.

Librairie Palimpseste
16, rue de Santeuil
75005 Paris
01 45 35 04 54
http://librairie-palimpseste.over-blog.com/
librairie.palimpseste@wanadoo.fr

MISE A JOUR : LE BILAN DE LA SOIRÉE

Un moment intime et agréable, voilà ce qu’a été la séance de signatures de ce mercredi 9 juin à la librairie Palimpseste à Paris. Une nouvelle fois, la météorologie parisienne n’était pas avec nous : ciel orageux et averses inopinées n’ont cependant pas découragé une poignée de curieux qu’ils soient amis, collègues de la recherche ou lecteurs croisés sur les réseaux sociaux. Nous étions donc une petite dizaine autour d’un verre et dans une ambiance chaleureuse à discuter de jeux vidéo, d’édition de livres numériques, du Japon, des Trekkies, de physique atomique (si, si !) et de beaucoup d’autres sujets jusqu’à une heure tardive de la soirée. Ce genre de rencontres en comité restreint est important car il permet des échanges plus riches et denses avec les lecteurs que lors des présentations avec davantage de participants. Voilà quelques photos prises pendant cette soirée. Je remercie encore chaleureusement les personnes présentes ;-)

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« Silence, on joue ! » : le service après-vente

7. mai 2010 Catégorie Jeu-Re-Cherche

Allez, un secret de cuisine croustillant : « Silence, on joue ! », le podcast jeux vidéo d’Ecrans.fr, se prépare chaque semaine dans une crêperie bretonne située à deux pas du boulevard Voltaire et de ses boutiques de jeux vidéo rétro bien connues des Parisiens. Chaque semaine, depuis plus de deux ans, Erwan, Clément et Patrick se retrouvent autour d’une « complète » (jambon, fromage, œuf), d’un verre de cidre brut et d’une « caramel beurre salé » en dessert. C’est un rituel qui ne se discute pas ! Sur un coin de nappe, on détaille le sommaire de l’émission, les news et les critiques que l’on fera à l’antenne et une fois un café avalé et le patron salué, on file rue Béranger, à Libération, pour enregistrer une heure durant et dans une humeur légère et décontractée, une émission faîte par des passionnés pour des passionnés…

Grand plaisir mercredi dernier de venir parler un peu des Pixels à Hollywood avec la fine équipe de « Silence, on joue ! ». Il faut dire que si le programme de l’émission s’écrit traditionnellement sur un bout de table, l’invitation fut toute aussi improvisée et spontanée : « Dis, tu viendrais pas causer de ton bouquin dans « Silence, on joue ! » ? Enregistrement demain à 14h30. Crêperie en option à 13h15 » recevais-je ainsi la veille de l’enregistrement dans ma boîte e-mail. « Mais bien sûr ! Avec un immense plaisir ! Et je prends l’option crêpes ! » m’empressais-je de répondre, bien content de revoir Erwan et de pouvoir parler de mon travail aux auditeurs de l’émission.

Comme souvent, emporté par le sujet et encouragé par mes intervieweurs, je m’avère très bavard et c’est à force de grands signes et de judicieuses transitions qu’Erwan arrive à tenir, tant bien que mal, la durée habituelle de son podcast ! On y parle des imaginaires cinématographiques dans le jeu vidéo, de la force du cinéma, de Iron Man 2, de souvenirs nostalgiques (et traumatisants ! N’est-ce pas Clément ?) d’adaptations… L’émission s’écoute ici.

Pour les informations complémentaires :

- Le numéro de la revue Loading… consacré à l’horreur vidéoludique se consulte ici (accès libre).

- Le site de l’équipe de recherche québécoise de Ludiciné qui travaille sur les jeux vidéo, le cinéma, l’interactivité.

- Des pixels à Hollywood se trouvent dans les Fnac, Virgin et Cultura, mais aussi chez vos libraires et dans plusieurs boutiques spécialisées de jeux vidéo rétro (prix conseillé 15 €). Il peut aussi être commandé sur le site de l’éditeur ici. N’hésitez pas à venir m’en dire un mot ici après sa lecture !

- Enfin, les étudiants qui se connectent depuis un domaine universitaire peuvent télécharger le fichier pdf de la thèse à partir de l’intranet de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense via le site du DART-Europe.

Crédit photo : Erwan Cario
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3, 2, 1… Lancement réussi ! « Des Pixels à Hollywood » en orbite !

5. avril 2010 Catégorie Jeu-Re-Cherche

Quel bonheur pour un auteur que celui ressenti hier à la librairie Eyrolles à Paris à l’occasion du lancement « Des pixels à Hollywood » ! Du monde, du bon esprit, des sourires, des discussions, des rencontres, des échanges, du jeu vidéo, du cinéma, beaucoup de livres et pleins de dédicaces…

Malgré un après-midi pluvieux sur Paris, près de 70 curieux se sont rendus à la librairie Eyrolles pour une conférence que j’avais intitulée « Mais à qui appartient cette paire de gants ? » et sous-titrée « Super Mario, les jeux vidéo, le cinéma et nous ». J’avais décidé de partir de Mario, l’icône du jeu vidéo par excellence, afin de montrer en quoi celle-ci empruntait énormément au cinéma, des corps burlesques du cinéma des années 1910-20 aux gants blancs des Silly Symphonies… Plusieurs invités de marque nous ont fait l’honneur de leur présence, dont Pia de Gameblog.fr, David Peyron (sociologue et spécialiste de la culture Geek), David Téné (journaliste, éditeur et enseignant) ou Maxime Crozier du LCI Game Club… Et bien sûr, Tony Fortin, coordinateur de la collection Les Cahiers du Jeu Vidéo !

Dans une atmosphère peu académique et très détendue, Sébastien de Pix a poursuivi par un quizz aux questions plus pointues les unes que les autres et a distribué les lots par dizaines, dont les très recherchés « Intégral DS » que plusieurs participants ont pu remporter chez eux. Avec beaucoup d’humour et de brio mais également une bonne dose d’autodérision sur ses déboires d’éditeur, Sébastien nous a beaucoup fait rire et a conclu cette première partie de l’après-midi avec un excellent moment ludique et un immense sourire.

Après la conférence et le quizz, nous sommes descendus à la librairie pour partager un verre de jus de fruit, quelques friandises et commencer une séance de dédicaces avec les acheteurs du livre. Ce fut l’occasion de savoir qui étaient les futurs lecteurs « Des pixels à Hollywood », comment ceux-ci avaient été mis au courant du lancement du livre et comment ils avaient trouvé la conférence… Les retours furent enthousiastes et la conférence, ainsi que les récents échos du web autour du livre (interviews, podcast de la rédaction, classement Amazon.fr et Fnac.com), semblent avoir suscité beaucoup de curiosité autour du livre.

Merci à Gérald et son équipe de la librairie Eyrolles pour leur accueil.
Et merci à tous pour votre présence et votre enthousiasme…
Une belle journée pour « Des pixels à Hollywood » et pour son auteur ravi.

PS : une autre série de photos de l’événement par Sylvain de La Mensuelle, le point de vue d’une participante , d’un participant et d’un autre participant (avec captation vidéo). Merci à tous pour vos témoignages enthousiastes !

Et quelques photos signées Pia…






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Meuporg à Télématin : à propos d’un discours télévisuel stigmatisant

24. mars 2010 Catégorie Jeu-Re-Cherche, L'avis du joueur

Voilà donc un moment de télévision dont internet fait des gorges chaudes depuis vendredi dernier, entre Twitt massif, groupes Facebook moqueurs et même désormais un site internet dédié. Le journaliste de France 2, Nathanaël de Rincquesen, a donc inventé dans sa revue de presse matinale de l’émission Télématin un nouveau genre vidéoludique, le meuporg (qui s’écrit MMMPORPG) et désigne en fait ce que les gens qui ne sont pas journalistes à Télématin appellent le MMORPG, sigle désignant les Massively Multiplayer Online Role-Playing Game.

En visionnant cet extrait de télévision, j’ai été surpris par l’usage de certains termes ou expressions comme « l’addiction à la vidéo » ou « se goinfrer ». Pour y voir plus clair et faire une rapide analyse discursive de cette séquence, j’ai donc retranscrit les propos du journaliste et le dialogue qui s’ensuit avec William Leymergie.

Chronique de Télématin du jeudi 18 mars 2010 : la revue de presse de Nathanaël de Rincquesen (diffusée en direct vers 7h24).

Nathanaël de Rincquesen : Un écran peut vite vous rendre accro et vous faire perdre les réalités de la vie quotidienne. L’addiction à la vidéo, plus précisément aux jeux vidéo, était au cœur d’un débat cette semaine à La Sorbonne. Libé nous parle ce matin de ce colloque consacré à la cyber-dépendance. Les spécialistes parlent de conduite addictive qui concernerait six à huit cent mille personnes chaque année en France. Un phénomène plutôt préoccupant raconte le journal. L’an passé, le service addictologie de l’hôpital Marmottan, c’est à Paris, a reçu 300 patients en consultation pour ce genre de problème, souvent des jeunes qui passent leur journée derrière un écran à se goinfrer des « meuhporgues » explique le journal…

William Leymergie : Comment ?

Nathanaël de Rincquesen : Les « meuhporgues » étant le nom barbare qui désigne les jeux de rôle en ligne auxquels on prend part avec d’autres compagnons virtuels.

William Leymergie : Les « meuhporgues »…

Nathanaël de Rincquesen : Ça s’appelle comme ça, j’suis désolé

William Leymergie : Et ça s’écrit comment ?

Nathanaël de Rincquesen : Ça s’écrit MMMPORPG.

William Leymergie : Ah ouais !

Nathanaël de Rincquesen : Voilà.

William Leymergie : Bon, ben il vaut mieux le voir écrit…Hein !

Nathanaël de Rincquesen : Exactement !

William Leymergie : …que de le prononcer !

Nathanaël de Rincquesen : C’est difficile à dire !

***

Bon, l’exercice médiatique est connu : la revue de presse est une sélection d’articles qu’un journaliste résume à l’auditeur ou au téléspectateur afin de lui donner le pouls de la presse écrite nationale et régionale au petit matin. Certains sont très bons dans l’exercice, comme Frédéric Pommier qui anima celle de la matinale de France Inter jusqu’à l’arrivée de son nouveau directeur l’année dernière. Bien évidemment, la revue de presse épouse la circulation médiatique de l’information : avant d’arriver à l’antenne d’une télévision, un sujet a très généralement été traité par la presse écrite. La télévision ne fait en général qu’adapter au média télévisé une information repérée dans la presse écrite dont tout le travail a été de transformer un fait du monde sensible en événement, puis en information.

On sera tout d’abord intéressé par la syntaxe adoptée par le discours de Nathanël de Rincquesen : le texte est frappé d’une absence totale de conjonctions de coordination ; chaque phrase peut donc fonctionner indépendamment des autres et affirme ainsi un caractère quelque peu péremptoire qui assène une vérité. Là aussi, M. de Rincquesen ne fait que reprendre un ton et une syntaxe journalistique qui se sont imposés en France depuis une quinzaine d’année.

Pour appuyer son discours quelque peu alarmiste, le journaliste emploie des mots et des expressions qui renvoient tout d’abord à l’expertise scientifique et médicale : addiction, La Sorbonne, colloque, cyber-dépendance, spécialistes, conduite addictive, service addictologie, hôpital, consultation. Ces termes et les associations d’idées qu’ils suscitent légitiment aisément le propos des dangers du jeu vidéo, des risques de dépendance et de la prudence avec laquelle il faudrait aborder ce domaine du loisir. A ce vocable de l’expertise sont ajoutés des mots relevant du simple jugement de valeur : accro, perdre les réalités de la vie quotidienne, des jeunes, à se goinfrer des « meuporgs », nom barbare. La circulation de l’information de l’article à la séquence télévisée se retrouve ainsi dans l’expression « se goinfrer » (celle qui m’avait surpris), mais aussi « nom barbare » et « compagnons virtuels ». On la retrouve presque telle quelle dans une phrase de l’article de Libération écrit par Victor Matet, « Cyberdépendance : un enjeu en ligne de mire » où l’on peut lire au dernier paragraphe : « Soit, mais que faire quand un jeune perd la notion du temps à force de se goinfrer de MMORPG, nom barbare qui désigne les jeux de rôle en ligne auxquels on prend part avec un maximum de compagnons virtuels ? »

Il semble même que l’équipe d’Ecrans.fr, qui a également publié l’article, et qui compte très certainement dans ses rangs des joueurs de meuporg, ait pris une certaine distance vis-à-vis de l’article en ajoutant les tags suivants, teintés d’une certaine ironie : l’addiction, une fois de plus.

En résumant l’article de Libé, le journaliste de Télématin a d’une part opéré une reprise non-critique du point de vue du journaliste de Libé, et d’autre part éliminé quelques informations qui nous situent le contexte institutionnel de ce débat. En effet, cet événement a été organisé par Union régionale des associations familiales (Uraf) et les rectorats d’Ile-de-France (lire le dossier de presse) : il ne s’agit donc pas d’un colloque (qui est un événement universitaire obéissant à des règles bien précises d’appel à communication, de sélection des contributeurs, etc.), mais bien d’une table-ronde, d’une rencontre-débat qui vise à parler d’un sujet. Or, le dossier de presse de l’Uraf, qui indique que d’autres événements du même type ont été organisés sur le cannabis et l’alcool, précise que (p.3) : « Ces conférences ont rencontré jusqu’à présent un vif succès rassemblant beaucoup de parents et étant fortement relayé dans les médias, démontrant ainsi l’inquiétude des parents sur ces sujets d’addiction. » Puisque les médias relayent l’événement, cela démontre bien l’inquiétude des parents sur le sujet de l’addiction qui organisent donc des conférences pour parler du sujet que relaieront les médias… Le groupe d’associations familiales semble s’être positionné assez clairement sur le sujet en affirmant (p.4) : « La dépendance aux jeux vidéo et/ou à l’Internet correspond à une réalité clinique émergente. Elle ne concerne qu’un petit nombre de sujets, est encore mal évaluée et ne fait pas consensus chez les soignants. Nous nous interrogerons sur ce qui, dans les jeux vidéo, attire le regard sur un potentiel addictif. »

Finalement, l’accident syntaxo-sémantique du « Meuporg » – il ne m’étonnerait pas que la prononciation de M. de Rincquesen soit influencé par le mot cyborg et sa connotation robotique un peu péjorative – a comme effet bénéfique d’attirer notre regard sur la manière dont un discours social, porté par des représentants de la société civile (qui jouent là leur rôle), circule interminablement et sans jamais être remis en cause entre société et médias. Elle nous fait également craindre le pire quant à la qualité des informations généralistes relayées quotidiennement par les journalistes lorsqu’il s’agit de politique extérieure ou intérieure, de politique étrangère, d’information scientifique, etc.

Maintenant, la vraie question est : l’appellation générique meuporg va-t-elle faire long feu ? Ou, au-delà du phénomène du mème, va-t-elle être happée par la communauté des joueurs de meuporg comme un signe de connivence et de résistance aux discours médiatiques stigmatisants ? To be continued…

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« Des Pixels à Hollywood » se lance, le samedi 3 avril à la librairie Eyrolles

13. mars 2010 Catégorie Non classé

A l’occasion de la sortie du livre Des pixels à Hollywood. Cinéma et jeu vidéo, une histoire économique et culturelle, une conférence sera organisée par la librairie Eyrolles et les Éditions Pix’n Love, le samedi 3 avril 2010, à partir de 14h45, au 59, boulevard Saint-Germain, Paris Ve. Pour les informations complémentaires, veuillez vous rendre à l’adresse suivante ou aller à la fin du post. Attention, une inscription par mail ou par téléphone est demandée par les organisateurs.

Présentation de la conférence

Super Mario, n’est-il qu’un simple personnage de jeux vidéo ? Ne vous êtes-vous jamais demandé d’où provenait sa moustache, son allure dynamique ou ses gants blancs ? Et si tout cela provenait en partie du cinéma ? Et si Super Mario était un proche cousin de Mickey Mouse, de Buster Keaton, de Charlot ou de Jacky Chan ?

A l’occasion de la sortie du livre Des Pixels à Hollywood. Cinéma et jeux vidéo, une histoire économique et culturelle, son auteur, Alexis Blanchet, vous parlera des liens qu’une icône populaire du jeu vidéo japonais peut entretenir avec les imaginaires du cinéma hollywoodien.

Organisée par la librairie Eyrolles et les Editions Pix’n Love, la conférence se déroulera le samedi 3 avril 2010, à partir de 14h45, au 59, boulevard Saint-Germain, Paris Ve arrondissement.

Un quiz avec des lots à gagner clôturera comme il se doit l’évènement. Alors n’hésitez plus ! D’autant que l’inscription est gratuite et les places limitées !

Inscriptions sur conference@eyrolles.com ou au 01.44.41.11.31

Edit : Moment d’émotion ce vendredi 19 mars où l’on se retrouve rue de Tolbiac à Paris avec Sébastien des Éditions Pix’n Love qui m’apporte les premiers exemplaires du livre, arrivés la veille de chez l’imprimeur. Les photos de cet instant découverte sont de Nicolas Rosette.

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Faire l’histoire des jeux vidéo : à propos de quelques problèmes de conversion…

28. février 2010 Catégorie L'avis du joueur, Retro-critique

Cela s’anime drôlement en ce moment du côté de l’histoire des jeux vidéo ! Coup sur coup, deux objets déboulent dans le paysage éditorial : un documentaire commercialisé sur support DVD, « La fabuleuse histoire des jeux vidéo », de Charles Henry Flavigny et Alexandre de Seguins sorti à l’automne dernier et un livre, « Les Chroniques de Player One », d’Alain Kahn et Olivier Richard, publié ce mois-ci chez Pika.

« La fabuleuse histoire des jeux vidéo » se présente dans un digipak soigné : l’élégant visuel de la jaquette, un joystick qui semble s’effriter, en fait un objet tout à fait séduisant. Le documentaire qu’il contient se compose de deux parties de 52 mn qui retracent l’histoire industrielle du jeu vidéo, plutôt envisagée d’un point de vue français : les intervenants sont majoritairement des acteurs bien connus – un peu trop ? – de l’industrie et de la presse française du jeu vidéo (Philippe Ulrich, AHL, Eric Viennot, Marcus…). La mise en image est dynamique et le travail d’infographie qui rythme l’enchainement des séquences joue d’une connivence futée avec l’univers du gaming.

Si « La fabuleuse histoire… » témoigne d’une volonté affichée de légitimer culturellement le domaine vidéoludique – il est coproduit par l’agence Alerte Orange qui a participé à la mise en route d’un musée du jeu vidéo à la grande Arche de La Défense – et qu’il dénote indéniablement d’une volonté de bien faire, j’avoue cependant que le positionnement éditorial du film me paraît plutôt paradoxal : parce qu’il est à la fois trop général pour un public de passionnés et trop anecdotique pour le grand public, le film cherche à atteindre des publics séparés aux intérêts trop hétérogènes. D’un point de vue formel, la narration du documentaire est ainsi confiée à deux instances qui ont davantage tendance à se marcher sur les pieds qu’à nous guider avec clarté dans cette fresque historique : d’une part la voix off de Lorànt Deutsch – choix qui s’adresse visiblement au grand public -, de l’autre le binôme Marcus/Philippe Ulrich – qui s’adresse lui aux passionnés. La mise en image particulièrement soignée de matériels de jeu – les plans léchés et le mouvement de travelling accéléré autour d’une Mega Drive ou d’une Neo Geo – suscitera certainement une certaine excitation chez le gamer. Mais un public plus large sera-t-il sensible à ce fétichisme de la machine et à cette forme de célébration du hardware ? Il est permis d’en douter un peu…

Cette entreprise de légitimation du jeu vidéo passe également par un traitement parfois scolaire de l’histoire sur le mode de la petite histoire – celle du jeu vidéo – confrontée à la Grande Histoire : les rappels historiques comme la marée noire de l’Amoco Cadiz ou la chute du Mur de Berlin émaillent ainsi de manière parfois saugrenue une série de souvenirs et d’évocations de jeux vidéo chronologiquement organisés. Le problème est que le lien entre Grande et petite histoire, entre la société et les contenus vidéoludiques n’est peut-être pas assez articulé pour faire réellement sens (ce qui aurait largement pu être fait sur les liens entre la conquête lunaire et le Spacewar ! du MIT en 1962, la littérature ne manque pas sur le sujet). En revanche, l’exploitation des fonds de l’INA sur le thème du jeu vidéo donne vraiment envie d’en voir davantage ! Extraits de reportages télévisés et spots publicitaires redonnent de temps à autres dans le documentaire une idée des discours médiatiques et promotionnels sur le jeu vidéo. On suggérerait fortement aux réalisateurs de soumettre à l’INA un projet de coproduction qui permette d’exploiter pleinement ces fonds audiovisuels.

« Les Chroniques de Player One » opte pour un positionnement éditorial moins ambitieux – grosso modo, les lecteurs de Player One – dont votre serviteur fût ! – et les fans de manga et d’anime – mais propose un contenu assez inédit sur la création et le développement d’un titre important de la presse vidéoludique, ses contraintes de production, son orientation éditoriale et son rôle dans la diffusion d’un goût populaire en France. Ces témoignages recueillis par les deux auteurs auront valeur pour une approche compréhensive des phénomènes industriels et culturels de diffusion de contenus de divertissement d’un continent à l’autre, d’une sphère culturelle à l’autre.

Mais ces objets éditoriaux, dans leur volonté d’éclairer le lecteur sur les évolutions du marché du jeu vidéo, font tous les deux la même erreur : ils convertissent les prix en francs des machines de jeu au taux de conversion euro/franc fixé en 1998, soit 1€ équivaut à 6,55957F. Or, depuis le début de l’histoire du jeu vidéo, la valeur de l’argent, que ce soit celle du franc ou de l’euro, a évolué en raison des phénomènes d’érosion monétaire dus à l’inflation. 1 franc de 1979 n’a pas tout à fait la même valeur qu’1 franc en 1980, la monnaie perd de sa valeur. Et plus l’écart d’année est grand plus cette différence de valeur se fait sentir.

Prenons un exemple dans « La fabuleuse histoire des jeux vidéo ». Un extrait d’un reportage du journal télévisé de 1982 nous donne l’information suivante : « Par exemple, « Atari », l’un des jeux les plus à la mode, s’écoule par centaines chaque jour. Il coûte 1500 francs. » Pour nous donner une idée de ce que cela représente en euros, les réalisateurs ont inséré l’indication suivante : « 1500 francs = 228,67€ », en prenant le fameux taux de conversion euro/francs fixé en 1998. Or, si je m’en réfère à l’indicateur du pouvoir d’achat édité chaque année par l’Insee, 1 franc de l’année 1982 équivaut à 0,30601 euros de l’année 2009. Donc, mon « Atari » de 1982 vendu 1500 Francs équivaudrait aujourd’hui à plus de 459€ ! Soit le double de la conversion calculée avec le taux de conversion de 1998 (il faut dire que sous la première présidence Mitterrand, le gouvernement socialiste avait mené une politique dite du « franc fort »).

Même remarque pour « Les Chroniques… » qui utilise également le taux de change de 1998. A la page 37 de cet ouvrage, on peut lire : « Apparu en 1984, l’ordinateur britannique Amstrad CPC 464 est performant, bon marché (2990 francs, soit environ 456 euros) (…) ». Or, là aussi, un passage par les tables de conversion de l’Insee nous apprend que 2990F de 1984 équivalent en 2009 à plus de 777€ ! L’ordinateur « bon marché » devient en fait un matériel plutôt « milieu de gamme »…

On se rappelle des pages de publicités noir et blanc Micromania que l’on trouvait immanquablement dans les revues de jeux vidéo au début des années 1990 – celles qui nous faisaient rêver à nos ludothèques idéales – et de leurs farandoles de tarifs : vous avez les prix d’origine, l’année (1991), la table de conversion, à vos calculettes, les amis, pour vous rendre compte de la valeur de nos joujoux d’antan ! J’ai déjà constitué quelques conversions dans le tableau ci-dessous, à titre d’exemple.

Article Prix en 1991
Equivaut en 2009 à…
Bundle Game Boy + Tetris + Casque audio 590 francs 120 Euros
Bundle Mega Drive + Altered Beast 1290 francs 263 Euros
Castle of Illusion starring Mickey Mouse (Mega Drive) 425 francs 87 Euros
James Pond (Mega Drive) 469 francs 95 Euros (Ouch!)
Bundle Turbo GT de Nec + 1 jeu 2390 francs 488 Euros (!!)



« La fabuleuse histoire des jeux vidéo », de Charles Henry Flavigny et Alexandre de Seguins (2009), produit par Morgane Production/Alerte Orange/Game One.

« Les Chroniques de Player One », d’Alain Kahn et Olivier Richard, Paris, Pika Editions, 2010.

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« Des pixels à Hollywood » en avril prochain chez Pix’n Love !

17. février 2010 Catégorie Jeu-Re-Cherche, La vie de joueur

Des pixels à HollywoodJ’ai l’immense plaisir de vous annoncer la sortie prochaine de mon livre Des pixels à Hollywood. Cinéma et jeu vidéo, une histoire économique et culturelle début avril chez Pix’n Love. Cet ouvrage est une refonte de mes recherches menées en thèse sur les relations industrielles et culturelles entre les secteurs cinématographique et vidéoludique, des années 1970 à aujourd’hui.

Ce livre a pour ambition de raconter l’histoire des échanges économiques et culturels entre deux secteurs majeurs des industries du divertissement et de s’intéresser à quelques moments marquants de cette relation industrielle. L’analyse des faits historiques et l’étude de certains objets importants produits à l’intersection des deux domaines permettent de comprendre comment ces deux domaines du divertissement de masse ont profondément modifié le fonctionnement des industries du loisir en réorganisant les processus de production des fictions contemporaines.

Vous imaginez évidemment le plaisir qui est le mien de collaborer avec la fine équipe de Pix’n Love, de bénéficier d’une merveilleuse couverture conçue par l’excellent Jinjo CokteZ et de pouvoir figurer aux côtés des mooks de l’éditeur ou de la réédition de La saga des jeux vidéo, de Daniel Ichbiah. J’espère que Des pixels à Hollywood saura apporter un éclairage différent sur l’histoire des jeux vidéo et ses relations avec le cinéma.

Texte de présentation

À l’automne 1976, Warner Communications Inc., le conglomérat géant des médias et des industries du divertissement, rachète Atari, une petite entreprise spécialisée dans une nouvelle forme de loisir, le jeu vidéo. En quelques années, Atari représente 30 % du chiffre d’affaires global de Warner Communications…

Emblématique des relations entre Hollywood et les jeux vidéo, cet événement industriel n’est pourtant qu’une des très nombreuses manifestations de l’intérêt réciproque que se portent ces deux domaines majeurs du divertissement de masse. Adaptation, inspiration, pastiche, plagiat, critique… Les échanges entre cinéma et jeu vidéo ont pris des formes variées et parfois étonnantes.

Des années 1970 à aujourd’hui, Des pixels à Hollywood retrace l’histoire commune du cinéma et des jeux vidéo, à la fois concurrents et partenaires dans leur conquête du public. Une histoire économique et culturelle qui montre comment ces domaines du spectacle et de l’imaginaire ont profondément modifié le fonctionnement des industries du loisir et les processus de production des fictions contemporaines.

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Quoi de neuf, Docteur ?

4. novembre 2009 Catégorie Non classé

Super_Mario_Kart_SNESChers lecteurs du blog Jeuvidéal,

J’ai l’immense plaisir de vous annoncer qu’à l’issue de ma soutenance de thèse de ce vendredi 30 octobre, j’ai été admis au grade de docteur en Études cinématographiques avec la mention Très honorable et les félicitations du jury à l’unanimité.

Je suis pleinement comblé par ce résultat et également soulagé de voir ce long travail s’achever de la meilleure des manières.

La fin de la thèse va me laisser, j’espère, davantage de temps pour alimenter plus régulièrement le blog Jeuvidéal que je ne l’ai fait ces deux dernières années.

Si vous vous connectez ici depuis un domaine universitaire, vous pouvez télécharger le fichier pdf de la thèse à partir de l’intranet de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense via le site du DART-Europe.

I’m very pleased to announce that the defense of my PhD in Film Studies entitled « The synergies between film cinema and video games : history, economics and theory of video game adaptation » led by Professor Raphaëlle Moine took place on Friday, October 30th at the University of Paris Ouest Nanterre La Défense.
The jury was composed of Professor Laurence Schifano (Paris Ouest Nanterre La Défense), Professor Pierre Beylot (Rapporteur, Bordeaux III Montaigne), Professor Laurent Creton (Rapporteur, Paris III Sorbonne Nouvelle) et Professor Gilles Delavaud (Paris VIII Saint Denis-Vincennes).

After deliberations, I was awarded a doctoral degree in Film Studies with honors and unanimous congratulations from the jury.
This excellent result perfectly ends four years of research.

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